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Prendre rendez-vous avec son personnage

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La première idée que j'ai eu envie de suivre sur mon roman était une histoire d'amour, ce qui m'étonne de moi-même puisqu'en général, je n'écrivais pas ce genre d'histoire. J'avais cette question en tête : si, après avoir connu et perdu le grand amour de sa vie, on le rencontre à nouveau, qu'est-ce qui peut arriver? Peut-on le croire, le craindre, le nier ou le vivre pleinement tout simplement? Ce déroulement est tombé sur mon personnage de Merime, femme hermétique — oui plus que moi — qui à un point de l'écriture refusait carrément de me répondre.
Alors, en toute auteure que je suis, épier son quotidien ou lire le malstrom de ses pensées ne suffisait plus. La piéger l'aurait antagonisée davantage. Il me restait donc la bonne foi : j'ai pris rendez-vous. Je ne pensais pas la rencontrer à toutes ses époques...
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Les Arbres de Caïa

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J'ai assisté, il y a jadis, à une conférence qui parlait du rapport souvent ignoré entre l'esprit et le corps, des effets somatiques par exemple, mais aussi de nos positions physiques qui influenceraient l'esprit, la perception de notre environnement. Je ne me souviens plus de grand-chose sauf peut-être cette idée qui m'avait charmée : on ne peut pas prendre une bonne décision si on est tout avachis. Il faut être droit, enligné de corps pour que l'esprit soit lui aussi droit. Que l'on argumente pour ou contre cette énonciation, qu'on nuance ou qu'on renie au quart de tour, pour être franche, ça ne m'intéresse pas. Je ne cherche pas de valeur scientifique calculable et observable à cette énonciation, mais une valeur culturelle.

Et j'en ai fait un trait coutumier pour mes Dissidents.
Lorsque j'ai réfléchis à nouveau au mot « congruence », j'ai enfin pu saisir ce que j'avais inventé : tout un système de valeurs. Il ne s'agissait plu…

Réécrire, c'est pas chômer, et c'est pas payant non plus.

Sur YouTube, je suis avec plaisir la jeune auteure américaine Jenna Moreci et dans l'un de ses vlogs, elle décrit ce qu'elle appelle des overwriters et des underwriters. Bbbbbbbref, en d'autres mots, ceux qui tapuscrisent énormément trop lors d'un premier jet et ceux que... non. 
Je suis clairement de celles qui écrivent peu. Mes révisions consistent à ajouter de la chair à mon premier jet, mais contrairement à ce que Jenna suggère, il ne s'agit pas d'ajouter du contenu. Non. Juste de la chair, des détails, des ressentis et tant tellement que je m'emporte et me perds. On m'a dit du premier jet de mon prologue qu'il était froid et chirurgical. On m'a ensuite dit du deuxième jet qu'il était dense, alambiqué, excessivement (comprendre surdosage) poétique. Ce deuxième jet, vous pouvez le lire sur mon site (je dis ça en passant, hein, par pur z'hasard). Alors un écrivain écrit, c'est sa job (même pas payé) et j'ai grand espoir que mon…

Mois de boréale, à Narse

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Ma sœur, 
J'ai vu Narse pour la première fois à peut-être une demi-lieue de distance. J'étais sur la petite plaine en bord de mer, là où a eu lieu mes fiançailles, et je n'avais d'yeux d'abord que pour l'énorme plat vertigineux de la mer. Grise comme le ciel d'hiver la surplombant. C'est lors de notre approche vers Narse que celle-ci est apparue dans la grisaille violacée de l'après-midi, juste avant la pénombre du soir. Une cité emmurée, juchée sur une colline douce face à la haute marée. L'atmosphère du ciel si basse, on sentait le fumet rassurant de tous ses foyers allumés. Narse porte l'épice sucrée du métrié — tu sais, le feuillu tardif de cette région — et à la fois le sel et le varech tout entier de la mer. L'hiver commence et déjà, on peut voir la neige enlacer chaque demeure. J'ai senti une grande cohésion commune ici, une entité. On dit qu'il y a autant qu'un millier d'habitants! Cette cité me parait immense à …

Glottophobie et pis quoi encore?

La glottophobie est cette chose gluante dans la bouche qui consiste à se moquer de l'accent de quelqu'un, de ses expressions ou de dénigrer d'une quelconque façon la manière dont un locuteur parle une langue si elle s'éloigne trop du modèle idéal mise en avant par des gens qui parlent — ce qui fait beaucoup de monde, disons le — une forme aléatoirement sélectionnée au fil des ans comme LA forme utopiquement souhaitable en «bonne» société. Ça veut dire quoi? Qu'on n'entend pas un journaliste poitou dire les nouvelles avec sa coloration locale, qu'on ne tolère pas un redneck sans le faire passé pour un congénital à l'alcool de bois, ou un haïtien qui ose dire que son créole est une vraie langue oui oui pour de vrai, complète et autonome et belle. Merde, encore une autre connerie qui faut pas relever parce que les gens sont tous trop moumounes pour recevoir leur vérité en pleine face?
Non.
Cette glottophobie n'est rien d'autres qu'un exemple …